La pollution atmosphérique tue. En France, les particules fines et le dioxyde d'azote sont encore responsables de dizaines de milliers de décès prématurés chaque année. Pourtant, la qualité de l'air s'améliore depuis deux décennies. Alors, où en est-on vraiment en 2024 ? Et surtout : la situation est-elle la même partout sur le territoire ?
Un bilan globalement positif, mais des inégalités territoriales persistantes
Le ministère de la Transition écologique publie chaque année un bilan national de la qualité de l'air, élaboré à partir des mesures des 18 associations agréées de surveillance (AASQA) et centralisées dans la base nationale Geod'air. Entre 2000 et 2024, les émissions ont fortement reculé : –65 % pour les oxydes d'azote, –52 % pour les PM10, –59 % pour les PM2,5 et –87 % pour le dioxyde de soufre. (voir le bilan du Ministère de la Transition écologique)
Ces progrès sont réels. Mais ils masquent des situations très contrastées selon les territoires.
En 2024, les normes réglementaires européennes de qualité de l'air ont été dépassées dans 2 agglomérations pour le dioxyde d'azote (NO₂), 3 pour les particules PM10 et 17 pour l'ozone. Ministère de la Transition écologique
CARTE : concentration moyenne annuelle en NO₂ par commune, 2024
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Source des données : Cartothèque qualité de l'air de l'INERIS — données téléchargeables en format netCDF/CSV
Les particules fines : un enjeu de santé publique majeur
Les PM2,5 sont les polluants les plus préoccupants pour la santé. Trop fines pour être filtrées par les voies respiratoires, elles pénètrent dans les poumons et la circulation sanguine. Les particules fines émises par le chauffage au bois et le trafic automobile causeraient entre 20 700 et 40 000 décès prématurés par an en France, avec un coût social estimé à 13 milliards d'euros par Santé publique France. Haut-commissariat à la stratégie et au plan
Géographiquement, les niveaux de PM2,5 les plus élevés se concentrent dans les grandes agglomérations, les vallées alpines mal ventilées, et certaines zones agricoles intensives du nord de la France où la combustion de biomasse et les émissions agricoles (ammoniac) s'accumulent en hiver.
CARTE : concentration moyenne annuelle en PM2,5
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L'ozone : le polluant qui résiste
Contrairement aux autres polluants, les teneurs en ozone en pic saisonnier ne suivent pas de tendance statistiquement significative à la baisse, car sa formation dépend des conditions météorologiques — chaleur, ensoleillement, précurseurs chimiques. Les étés de plus en plus chauds constituent un frein structurel à son amélioration. Ministère de la Transition écologique
En 2024, 17 agglomérations ont dépassé les normes réglementaires pour l'ozone, soit le polluant pour lequel les dépassements restent les plus nombreux. Le sud-est de la France, plus ensoleillé et chaud, est structurellement plus exposé. Ministère de la Transition écologique
CARTE : concentration moyenne annuelle de O3
Comment surveiller la qualité de l'air près de chez vous ?
Plusieurs outils officiels permettent de suivre l'évolution en temps réel ou sur le long terme :
- Geod'air : la base nationale des données de mesure, avec une carte interactive et des statistiques par station jusqu'en 2024.
- Prev'air : la plateforme nationale de prévision de l'INERIS, qui cartographie les concentrations de polluants jusqu'à J+5 sur toute la France.
- Bilan annuel 2024 du SDES : le rapport de référence, avec données territoriales téléchargeables.
- Cartothèque INERIS : cartes de pollution depuis 2000, par polluant et par année, à résolution 2 km.
Ce qu'il reste à faire
Les résultats du bilan 2024 soulignent les défis à venir dans un contexte de renforcement de la réglementation, avec la transposition prochaine de la nouvelle directive européenne sur la qualité de l'air ambiant adoptée en octobre 2024. Cette directive durcit les valeurs limites, notamment pour les PM2,5, ce qui signifie que des zones aujourd'hui conformes pourraient se retrouver en dépassement dans les prochaines années. Institut national de l'environnement industriel et des risques
La qualité de l'air s'améliore — c'est indéniable. Mais le chemin restant à parcourir pour atteindre les recommandations de l'OMS, plus strictes que les normes européennes, est encore long pour une grande partie du territoire français.
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