Chaque année, avec le retour des beaux jours, les chenilles processionnaires réapparaissent dans les jardins, les parcs et les forêts de France. Ces insectes aux allures inoffensives représentent pourtant un véritable danger sanitaire pour les humains, les animaux de compagnie et même les arbres. Depuis avril 2022, elles sont officiellement classées nuisibles à la santé publique par décret. Voici tout ce qu'il faut savoir sur leurs risques et les zones concernées.
Les chenilles processionnaires sont les larves de deux espèces de papillons de nuit:
- La processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) — la plus répandue en France
- La processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea) — en forte expansion depuis quelques années
Leur nom vient de leur comportement caractéristique : elles se déplacent en file indienne, tête-bêche, formant de longues processions visibles à l'œil nu. Elles vivent en colonies dans des nids de soie blanche facilement repérables dans les branches d'arbres.
Le point clé à retenir : leurs poils microscopiques (appelés soies urticantes) se détachent au moindre contact — mais aussi sous l'effet du vent — et peuvent rester actifs plusieurs mois sur les surfaces, les vêtements ou dans l'air, même après la disparition des chenilles.
Le danger des chenilles processionnaires ne vient pas d'une morsure ou d'un venin injecté, mais de leurs poils urticants. Chaque chenille en possède des milliers. Ces poils contiennent une protéine appelée thaumétopoéine, responsable des réactions inflammatoires.
Ces soies peuvent :
- Se détacher spontanément dans l'air (par simple frottement ou sous l'effet du vent)
- Rester piégées dans les vêtements, l'herbe ou le sol
- Être transportées à distance par le vent, sans contact direct avec la chenille
- Rester urticantes dans les nids vides pendant plusieurs mois
C'est pourquoi il est inutile de toucher directement une chenille pour être exposé. Une simple promenade sous un arbre infesté, ou le ramassage de bois au sol, peut suffire.
Classées nuisibles depuis 2022 : Le décret du 25 avril 2022 a officiellement inscrit les chenilles processionnaires du pin et du chêne sur la liste des espèces dont la prolifération constitue une menace pour la santé humaine (Code de la santé publique).
Les réactions varient selon la sensibilité individuelle et l'intensité de l'exposition. On distingue trois types de manifestations :
- Rougeurs, plaques et éruptions cutanées
- Démangeaisons intenses, parfois persistantes plusieurs jours
- Sensation de brûlure sur la peau exposée
- Conjonctivite (œil rouge, larmoyant)
- Sensation de corps étranger dans l'œil
- Dans les cas sévères : kératite (atteinte de la cornée) nécessitant une consultation urgente
- Maux de gorge, toux sèche
- Difficultés à avaler
- Dans les formes graves : bronchospasme, détresse respiratoire (urgence médicale)
Les réactions allergiques peuvent être très sévères, notamment chez les personnes déjà sensibilisées. L'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) surveille chaque année les cas d'envenimations signalés par les centres antipoison français.
Certains profils sont davantage exposés aux risques :
- Les enfants, qui jouent à proximité du sol ou touchent spontanément tout ce qu'ils trouvent
- Les personnes allergiques ou asthmatiques, chez qui les réactions peuvent être démultipliées
- Les animaux domestiques (chiens surtout), qui peuvent ingérer des chenilles lors de promenades — avec des risques de nécrose de la langue, voire de décès sans traitement rapide
- Les professionnels forestiers, jardiniers et agents d'entretien, exposés de manière répétée
- Les personnes âgées, dont le système immunitaire est plus vulnérable
Une présence désormais nationale
Sous l'effet du réchauffement climatique, la répartition géographique des chenilles processionnaires a profondément évolué depuis les années 2000. Ce qui était autrefois cantonné au pourtour méditerranéen et aux régions du Sud s'étend aujourd'hui jusqu'au nord de la France et dans des zones d'altitude autrefois préservées !
La processionnaire du pin : conquête du Nord
Historiquement présente dans le bassin méditerranéen et le quart sud-ouest, la processionnaire du pin progresse désormais vers le nord. Elle est signalée dans des régions comme la Normandie, l'Île-de-France, la Bourgogne-Franche-Comté et continue d'avancer chaque année vers des latitudes plus élevées.
La processionnaire du chêne : une extension vers l'est
La processionnaire du chêne était traditionnellement localisée dans la partie sud-ouest du territoire. Elle est signalée aujourd'hui sur quasiment l'ensemble du territoire et étend désormais sa présence vers l'est et le centre de la France. Sa progression est particulièrement surveillée car elle est parfois confondue avec d'autres espèces lors des signalements.
Zones actuellement les plus touchées (données 2024-2025)
| Région | Espèce majoritaire | Niveau de risque |
|---|---|---|
| Occitanie, PACA | Processionnaire du pin | Élevé |
| Nouvelle-Aquitaine | Pin et chêne | Élevé |
| Île-de-France | Pin (en progression) | Modéré à élevé |
| Centre-Val de Loire | Pin et chêne | Modéré |
| Bourgogne-Franche-Comté | Pin (371 signalements en 2024) | Modéré |
| Normandie | Pin (arrivée récente) | En surveillance |
| Grand Est | Pin et chêne | Modéré |
| Bretagne | Présence confirmée | En surveillance |
À noter : L'absence de signalement dans un département ne signifie pas l'absence de chenilles, mais simplement que leur présence n'a pas été formellement confirmée.
L'impact du changement climatique
Les hivers plus doux et les étés plus chauds favorisent la reproduction et la survie des chenilles à des altitudes et latitudes jusqu'ici défavorables. Des observations ont été effectuées à plus de 1 000 mètres d'altitude dans les Alpes et les Pyrénées, ce qui était rare il y a encore vingt ans.
La période de danger ne coïncide pas avec la seule présence des chenilles. Les poils urticants apparaissent à partir du 3e stade larvaire et persistent dans les nids vides.
Pour la processionnaire du pin, la période urticante va d'Octobre à Avril
Pour la processionnaire du chêne, elle va d'Avril à Juillet
En cas de réaction cutanée ou oculaire modérée
- Ne pas se gratter (cela enfonce les poils dans la peau)
- Prendre une douche immédiate à l'eau froide pour rincer les poils
- Changer de vêtements et les laver à haute température (60°C minimum)
- Consulter un médecin ou contacter un centre antipoison
En cas de détresse respiratoire ou réaction allergique grave
- Appeler le 15 (SAMU) ou le 112 sans délai — c'est une urgence médicale
Numéro des centres antipoison
- Centre antipoison national : 01 40 05 48 48
Lors des promenades en forêt ou en zone à risque :
- Porter des vêtements couvrants (manches longues, pantalon, chapeau)
- Éviter de s'approcher des nids ou des arbres infestés
- Ne jamais laisser les enfants ni les animaux de compagnie s'en approcher
- Rincer soigneusement les fruits et légumes récoltés à proximité
Dans son jardin :
- Identifier et signaler les nids sur les arbres
- Faire appel à une entreprise spécialisée pour le retrait des nids (ne jamais les toucher soi-même)
- En prévention, des pièges à phéromones peuvent être installés en août-septembre pour capturer les papillons femelles avant la ponte
La plateforme nationale de signalement
Depuis 2025, la Fredon France (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles) met à disposition une plateforme interactive permettant à chaque citoyen de signaler la présence de nids ou de processions.
- Site de signalement : chenille-risque.info
- Les signalements permettent de mettre à jour les cartes en temps réel et d'orienter les actions de gestion
Les signalements sont classifiés selon deux niveaux :
- Zone à haut risque : espaces ouverts au public avec forte affluence piétonne, zones fréquentées par des publics sensibles (parcs, écoles, aires de jeux)
- Zone à faible risque : zones moins fréquentées ne correspondant pas aux critères précédents
- Anses – Dossier chenilles processionnaires
- ONF – Conseils en forêt
- Agences Régionales de Santé (ARS) de votre région
Sources : Anses, ONF, ARS Hauts-de-France, ARS Bourgogne-Franche-Comté, Fredon France, chenille-risque.info
Cet article est régulièrement mis à jour pour refléter les données les plus récentes disponibles.
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