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Du plomb dans votre pain. Dans vos légumes. Dans votre eau du robinet. En février 2026, l'ANSES a publié les résultats de sa troisième grande étude sur l'alimentation des Français (EAT3) : l'exposition au plomb reste "préoccupante" pour une partie de la population, malgré des progrès réels depuis 30 ans. Mais d'où vient ce plomb ? Les cartes des sols français racontent une histoire que l'industrie automobile préférerait oublier.
Ce que l'ANSES a trouvé dans vos aliments
Le 12 février 2026, l'Agence nationale de sécurité sanitaire publiait le premier volet de son étude EAT3 — la troisième grande radiographie de ce que les Français mangent et absorbent réellement, substance par substance. Le verdict sur le plomb est nuancé, mais pas rassurant.
Bonne nouvelle d'abord : les concentrations de plomb dans les aliments ont globalement baissé par rapport à l'étude précédente (EAT2, menée entre 2006 et 2011). L'exposition alimentaire au plomb a diminué de 27 à 41 % chez les enfants, et de 37 à 49 % chez les adultes. C'est le résultat direct du passage à l'essence sans plomb, généralisé en France à partir de 1990.
Mauvaise nouvelle ensuite : malgré ces progrès, l'ANSES classe le plomb comme une "préoccupation sanitaire" persistante. En clair : on en absorbe encore trop, même si c'est moins qu'avant.
−49% de réduction de l'exposition au plomb chez les adultes depuis 2011... mais le niveau reste préoccupant
1er contributeur : le pain et les produits à base de céréales, suivi des légumes et de l'eau du robinet
🔬 Qu'est-ce que le plomb fait à l'organisme ? Le plomb est un neurotoxique sans seuil connu. Aucune dose n'est considérée comme totalement sans risque. Il affecte en priorité le développement neurologique des enfants (baisse du QI, troubles de l'attention), et chez les adultes, il est associé à des risques cardiovasculaires et rénaux à long terme.
La carte qui explique tout : l'héritage de l'essence plombée
Pour comprendre pourquoi le plomb est encore dans nos assiettes en 2026, il faut regarder sous nos pieds. Les cartes du Réseau de Mesures de la Qualité des Sols (RMQS), établies par GisSol et le BRGM, révèlent une France à deux vitesses.
carte RMQS des teneurs en plomb total des sols
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Source : GisSol / INRAE — Teneurs en plomb total des horizons de surface (0-30 cm). Licence Etalab 2.0 — réutilisation libre avec citation.
Plomb dans les sols français — carte par région
Données RMQS / GisSol — INRAE & BRGM · Valeurs médianes estimées en mg/kg · Cliquez sur une région pour les détails
Source : GisSol / INRAE — Réseau de Mesures de la Qualité des Sols (RMQS), 2011. Licence Etalab 2.0. | Visualisation : actu-cartes-de-france.fr
Ce que la carte révèle : deux types de contamination
1. Une contamination naturelle liée à la géologie — Le Massif central, les Vosges, les Cévennes et certaines zones du Poitou présentent naturellement des teneurs en plomb élevées dans leurs roches cristallines. Ces concentrations se retrouvent dans les sols développés sur ces substrats, indépendamment de toute activité humaine. Ce sont les mêmes mécanismes qui expliquent la présence naturelle de cadmium dans certaines régions calcaires.
2. Une contamination diffuse liée à l'activité humaine — Et c'est là que la carte devient vraiment révélatrice. Des gradients de contamination nets apparaissent autour des grandes agglomérations et des anciens bassins industriels : Île-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, bassin lyonnais. Ces zones portent l'empreinte de décennies d'essence plombée, d'industries métallurgiques et de transports urbains intensifs.
📊 Les chiffres de la contamination Les teneurs totales en plomb dans les 30 premiers centimètres des sols métropolitains s'étendent entre 3 et 624 mg/kg. Plus de 100 mg/kg dans 1,5 % des cas — dont un tiers à moins de 30 km d'une grande agglomération (Paris, Lille, Lyon, Grenoble, Strasbourg).
Du sol à l'assiette : comment le plomb voyage
Le chemin est moins direct que pour le cadmium, mais il existe bel et bien. Le plomb présent dans les sols peut contaminer les aliments par plusieurs voies :
Via les plantes : les légumes-racines (carottes, betteraves, navets) et les légumes-feuilles absorbent le plomb du sol, en particulier dans les zones à forte contamination. Les céréales, dont le blé, en absorbent également des quantités mesurables.
Via l'eau : l'eau du robinet reste un contributeur majeur à l'exposition au plomb, comme le rappelle l'ANSES. Les vieilles canalisations en plomb, encore présentes dans de nombreux immeubles construits avant 1990, sont une source directe — indépendamment des sols.
Via les retombées atmosphériques : le plomb émis par les moteurs à essence (avant 1990) s'est déposé sur les surfaces agricoles et urbaines pendant des décennies. Ces dépôts se retrouvent encore dans les premiers centimètres de sol — exactement là où poussent les racines des plantes cultivées.
C'est pourquoi les zones urbaines denses et les abords des grands axes routiers présentent des niveaux de contamination des sols plus élevés que les zones rurales isolées — et c'est ce que montre très clairement la carte RMQS.
Quels aliments sont les plus concernés ?
L'EAT3 permet d'identifier précisément quels aliments contribuent le plus à notre exposition quotidienne au plomb :
|
Aliment |
Contribution au plomb |
Tendance vs EAT2 |
|
Pain et panification |
⬆⬆ Très élevé |
−49% adultes, −27% enfants |
|
Légumes (tous types) |
⬆ Élevé |
En baisse |
|
Pommes de terre |
⬆ Élevé |
En baisse |
|
Eau du robinet |
⬆ Élevé |
En baisse |
|
Biscuits & viennoiseries |
↗ Modéré |
Stable |
|
Boissons alcoolisées (adultes) |
↗ Modéré |
Stable |
|
Viande & abats |
→ Faible |
Stable |
|
Poissons |
→ Faible |
Stable |
Un paradoxe apparent : le pain est le premier contributeur, non pas parce que le blé est particulièrement contaminé, mais parce que les Français en mangent tous les jours en grandes quantités. C'est la fréquence de consommation qui explique la contribution, pas nécessairement le niveau de contamination unitaire.
Ce que vous pouvez faire concrètement
Faites couler l'eau avant de la boire. Si vous habitez dans un logement ancien (construit avant 1990), laissez couler l'eau froide pendant 30 secondes avant de la consommer ou de préparer à manger. Les canalisations en plomb libèrent du métal dans l'eau stagnante.
Épluchez vos légumes-racines. La contamination au plomb se concentre dans la peau et les couches superficielles des légumes qui poussent dans le sol. Éplucher réduit significativement l'exposition.
Rincez abondamment vos légumes-feuilles. Les dépôts atmosphériques de plomb se fixent sur les surfaces des feuilles. Un rinçage soigneux réduit l'apport.
Diversifiez votre alimentation. Comme pour le cadmium, la diversification reste le conseil fondamental. Ne reposez pas chaque repas sur les mêmes aliments.
🏠 Vigilance particulière pour les enfants Les enfants sont beaucoup plus vulnérables au plomb que les adultes — leur cerveau est en développement et ils absorbent une plus grande proportion des apports. Si vous habitez dans un logement ancien, faites vérifier l'absence de peintures au plomb (antérieures à 1949) et assurez-vous que les canalisations ne sont pas en plomb.
Plomb, cadmium, mercure : une contamination des sols qui se joue sur le long terme
Le plomb n'est pas le seul métal lourd que le rapport EAT3 de l'ANSES a mis en lumière en ce début d'année 2026. Les mêmes sources de contamination — agriculture intensive, industrie, transports — expliquent la présence simultanée de plusieurs métaux dans nos sols et, in fine, dans notre alimentation.
Le cadmium, que nous avons analysé en détail dans un précédent article (lien ci-dessous), suit une logique similaire : accumulation progressive dans les sols, absorption par les cultures, contamination des aliments de base. La différence majeure est que le cadmium vient surtout des engrais phosphatés, tandis que le plomb vient en grande partie de l'héritage automobile.
Ces deux contaminants partagent une caractéristique qui rend leur gestion particulièrement difficile : ils ne se dégradent pas. Une fois dans le sol, ils y restent pour des décennies, voire des siècles. Les décisions prises aujourd'hui — sur les engrais, sur la décontamination des sites industriels — auront des effets mesurables seulement vers 2050 ou 2060.
🔗 À lire également Cadmium : la carte des sols français qui explique pourquoi l'ANSES alerte sur notre alimentation
Ce qu'il faut retenir
L'exposition des Français au plomb a nettement baissé depuis 30 ans — c'est le bilan positif de la suppression de l'essence plombée. Mais elle reste trop élevée, et les sols français portent encore l'empreinte chimique de décennies d'industrie et de trafic automobile.
La carte RMQS est le miroir de cette histoire. Elle montre que la contamination n'est pas uniforme : certaines zones — grandes agglomérations, anciens bassins miniers et industriels, vallées de grands fleuves — présentent des niveaux de plomb dans les sols significativement plus élevés que la moyenne nationale.
C'est dans ces zones que la vigilance alimentaire doit être la plus grande — et c'est dans ces zones que les politiques de décontamination et de surveillance sanitaire doivent se concentrer en priorité.
Sources
• ANSES — Étude de l'alimentation totale française 3 (EAT3), Résultats – Tome 1, février 2026 : anses.fr
• GisSol / INRAE — Teneurs en plomb total des horizons de surface (0-30 cm) : gissol.hub.inrae.fr
• GisSol / BRGM — Teneurs en plomb extractible à l'EDTA des horizons de surface : gissol.fr
• Ministère de la Transition écologique — Contamination des sols par les métaux : notre-environnement.gouv.fr
• BASOL — Base de données des sites et sols pollués : georisques.gouv.fr
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