En France, deux territoires séparés par la même distance géographique peuvent offrir des réalités de déplacement totalement différentes.
La raison est simple : les kilomètres ne disent rien du temps réel nécessaire pour se déplacer.
Pour comprendre cette France à plusieurs vitesses, les cartes isochrones sont un outil cartographique redoutablement efficace.
Une carte isochrone représente les zones accessibles depuis un point donné en un temps déterminé (30 minutes, 1 heure, 2 heures…), en tenant compte des infrastructures de transport, des vitesses réelles et des ruptures de réseau
Contrairement aux cartes classiques, elles montrent l’accessibilité réelle du territoire, telle qu’elle est vécue au quotidien.
Voir par exemple ci-dessous la carte des temps d'accès routier aux services de la vie courante proposée par l'INSEE
Lorsqu’on trace une carte en anamorphose (depuis Paris par exemple) la distance n'est plus en kilomètres mais en temps sur la carte. Le résultat est frappant : une ville située à 300 km de Paris comme Lille peut être plus accessible qu’une autre à 150 km comme Rouen.
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Lyon ou Lille apparaissent très proches
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Certaines zones rurales ou montagneuses semblent soudain très éloignées
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Le territoire se déforme selon la qualité des réseaux
Le TGV agit comme un raccourci spatial, rapprochant certaines métropoles au détriment d’autres territoires.

Ces cartes révèlent une France structurée autour de grands axes ferroviaires, de réseaux autoroutiers et des métropoles connectées.
À l’inverse, de larges zones apparaissent en marge : massif central, zones rurales profondes, territoires de montagne. Ces espaces ne sont pas isolés géographiquement, mais enclavés fonctionnellement.
L’enclavement n’est pas synonyme d’isolement total.
Il se définit par :
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un temps de trajet élevé pour accéder aux services essentiels
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une dépendance forte à la voiture
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des alternatives de transport limitées
Résultat : un accès plus difficile à l’emploi, aux soins, à l’enseignement supérieur ou à la culture.
Appliquées aux services essentiels (comme sur la première carte de cet article), les cartes de types isochrones ou anamorphoses prennent une dimension sociale forte. En effet, si les temps d’accès à un hôpital, le temps pour rejoindre une gare TGV ou le temps de trajet domicile–travail ne représentent que quelques minutes de plus sur une carte, ils peuvent représenter des contraintes bien plus lourdes au quotidien pour des millions de Français.
Comme toute représentation, elles ont leurs biais. En effet, ces cartes présupposent des conditions de circulation “idéales” car elles ne prennent pas toujours en compte la congestion et aussi bien souvent ignorent les contraintes sociales (coût).
Malgré cela, elles restent l’un des meilleurs outils pour visualiser l’accessibilité territoriale.
À lire dans la série « La France racontée par les cartes »
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Où vivent vraiment les Français ? La carte de la densité de population
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Accès aux soins : la carte des déserts médicaux en France (épisode 3 – à venir)
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