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La France racontée par les cartes - épisode 3 - l'accès aux soins et la carte des déserts médicaux

Publié le 6 Février 2026 par Chroniques Cartographiques in Carte de France Sanitaire et Social

En France, l’accès aux soins est souvent présenté comme universel. Pourtant, lorsqu’on observe une carte de la densité médicale ou du temps d’accès aux services de santé, une autre réalité apparaît : le territoire français est marqué par de fortes inégalités d’accès aux soins.

Ces cartes, devenues incontournables dans le débat public, mettent en lumière ce que l’on appelle désormais les déserts médicaux.

Carte Conseil national de l'Ordre des médecins
Conseil national de l'Ordre des médecins
Qu’appelle-t-on vraiment un désert médical ?

Contrairement à une idée répandue, un désert médical n’est pas forcément une zone sans médecins.
Il s’agit plutôt d’un territoire où :

  • le nombre de professionnels de santé par habitant est faible

  • les délais de rendez-vous sont longs

  • ou le temps d’accès aux soins dépasse un seuil critique

Les indicateurs les plus utilisés reposent sur la densité de médecins généralistes, l’accessibilité potentielle localisée (APL) et les temps de trajet vers les établissements de santé.

Une France des soins très contrastée

Les cartes montrent généralement trois grands types d’espaces :

1 Les zones sur-dotées : 

Île-de-France (malgré des disparités internes), grandes métropoles universitaires, les littoraux attractifs et les territoires frontaliers (Nord, Est)

2 Les zones sous-dotées

Dans ces zones on retrouve le Massif central,  le Centre et la Bourgogne mais aussi certaines zones rurales du nord et de l’est ainsi que les territoires de montagne.

3 Les zones périurbaines en tension

Souvent proches des villes mais en forte croissance démographique, elles cumulent un manque de médecins avec une augmentation rapide des besoins.

 

On note donc parfois des territoires en souffrance y compris dans les départements et régions bien dotés . Comme exemple, le Conseil National de l'Ordre des Médecins cite la Bretagne intérieure qui souffre comparée à celle du littoral.


Enfin, pour trouver des déserts médicaux, pas besoin d'aller en province ou à la campagne. A Paris par exemple le nombre de médecins généralistes a baissé de 20 % ces derniers années. Et d'ici 2020, on s'attend à ce qu'un généraliste sur quatre disparaisse au coeur de la capitale.

Cette lecture cartographique nuance l’idée d’une opposition simple entre ville et campagne.

 

Quand la carte des temps d’accès raconte une autre histoire
L'accessibilité spatiale aux soins : le temps d'accès au médecin le plus proche  L'inégale répartition des médecins sur le territoire français provoque un étirement des distances à parcourir afin d'aller consulter un praticien dans certaines parties du territoire. L'effectif de la population située à plus de 15 minutes d'un médecin généraliste n'atteint pas 1 % en 2007. Ces 600 000 personnes habitent 4 % des communes françaises, situées dans les zones montagneuses (Corse, Alpes du Sud, Pyrénées, Massif central) et dans les zones à très faible densité de population (Champagne). Les distances sont bien entendu plus élevées pour les médecins spécialistes : en Corse, Auvergne ou Limousin, 20 % des habitants résident à plus de trente minutes en voiture du spécialiste le plus proche. DREES, 2012a).    Source : DREES, 2012a, p.15 l'étude de la DREES en .pdf (nouvel onglet).  En cause, les changements démographiques et sociologiques des professions médicales L'inégale répartition des médecins sur le territoire national pourrait d'abord être mise sur le compte du caractère en partie libéral de la profession, et en particulier de la liberté d'installation des médecins libéraux, défendue dans la Charte de la médecine libérale de 1927. Pourtant, cette explication mérite d'être nuancée. D'abord, parce que le caractère libéral de la profession peut avoir des avantages dans certaines zones rurales par exemple, en raison de la mobilité de ces médecins et de la libre gestion de leurs horaires, qui peut les rendre plus disponibles. Ensuite, parce que l'exercice libéral en lui-même décroît chez les jeunes générations de médecins. En 2012, 9,5 % des médecins dits « entrants »  ont choisi d'exercer la médecine en libéral, alors que 69 % ont choisi le salariat (CNOM, 2012). Ces chiffres contrastent avec les résultats des années 1980, quand un médecin sur deux choisissait l'exercice libéral dès son entrée dans le métier. Ainsi, l'activité libérale paraît de moins en moins attractive, ce qui s'explique avant tout par les contraintes d'un tel statut (charge administrative, horaires variables...). « L'hôpital public est (donc) devenu le premier employeur de généralistes » (Juilhard JM, 2007). Or, les centres hospitaliers sont encore plus inégalement répartis sur le territoire que les médecins libéraux, ce qui ne fait qu'aggraver les disparités territoriales.  Une autre cause de l'inégale répartition des médecins peut être recherchée du côté des changements démographiques que connaissent les professions médicales. D'abord, selon certains scénarios prévisionnels, le nombre de médecins en exercice pourrait baisser de 9,7 % entre 2011 et 2019 (DREES 2009), en raison du vieillissement croissant de la génération de professionnels médicaux recrutés grâce à l'ouverture généreuse du numerus clausus [4] dans les années 1970. En effet, l'âge médian des médecins est passé de 40 à 52 ans sur la période 1990-2012 (DREES, 2012b). Ce constat s'avère particulièrement préoccupant, car il est conjugué au vieillissement parallèle de la population française, et donc à une augmentation massive de la demande de soins. Pour pallier ce déficit, les postes destinés aux jeunes médecins entrants, ont été régulièrement augmentés par les autorités publiques depuis 1993 [5]. Mais cette solution globale peut-elle combattre les disparités géographiques ?
Source : DREES, 2012a, p.15 (cliquez sur la carte)

Une carte basée sur la densité médicale ne suffit pas toujours.
En croisant avec les temps de trajet vers un médecin ou un hôpital, on observe que des zones rurales peuvent être relativement bien couvertes et à l'inverse des périphéries urbaines où l’accès réel est difficile malgré la proximité géographique

Le facteur mobilité devient alors déterminant, surtout pour les populations âgées.

Pourquoi ces cartes sont essentielles pour comprendre les tensions territoriales

Les cartes des déserts médicaux ne sont pas seulement des outils statistiques.
Elles permettent de visualiser ce sentiment d’abandon dans certains territoires que l'on a pu ressentir lors de la crise des gilets jaunes, mais aussi la pression sur les services hospitaliers et des questions sensibles comme les difficultés d’installation des jeunes praticiens

Aujourd'hui ces cartes sont utilisées pour orienter les politiques publiques, définir des zones prioritaires et adapter l’offre de soins.

Cartographier l’accès aux soins autrement

De plus en plus de cartographes croisent désormais plusieurs indicateurs :

  • densité médicale

  • temps d’accès

  • vieillissement de la population

  • attractivité territoriale

Cette approche multicritère permet de mieux anticiper les tensions futures.  Au-delà de la santé, ces cartes racontent une histoire plus large : celle d’une France où le lieu de résidence influence de plus en plus l’accès aux services essentiels.

Comprendre ces dynamiques cartographiques, c’est mieux saisir les transformations profondes du territoire français.

DREES - Densité de lits d'hôpitaux pour les personnes âgées
Pour rappel : à lire dans la série « La France racontée par les cartes »
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