Trouver un médecin généraliste disponible est devenu, pour des millions de Français, un véritable parcours du combattant. Files d'attente de plusieurs semaines, cabinets qui n'acceptent plus de nouveaux patients, maisons de santé fermées faute de praticiens… La réalité des déserts médicaux ne se limite plus aux campagnes reculées : elle frappe désormais des villes moyennes, des banlieues périurbaines et même certains quartiers de grandes agglomérations.
Mais que dit précisément la cartographie ? Quels sont les territoires les plus touchés ? Quels outils permettent de visualiser cette fracture sanitaire ? Tour d'horizon complet, cartes à l'appui.
Le chiffre est saisissant : près de 87 % du territoire national est aujourd'hui classé en situation de fragilité médicale. Ce n'est plus un phénomène marginal cantonné à quelques zones rurales — c'est une réalité diffuse qui touche la quasi-totalité des régions françaises.
La France dispose d'un indicateur officiel pour mesurer cette réalité : l'APL (Accessibilité Potentielle Localisée), calculé par la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques). Cet indicateur prend en compte non seulement le nombre de médecins présents dans une commune, mais aussi la composition démographique de la population locale, les temps de trajet vers les cabinets voisins et la disponibilité réelle des praticiens.
À partir de ce score, chaque commune est classée en deux grandes catégories de zones sous-denses :
- ZIP (Zone d'Intervention Prioritaire) : les territoires les plus en difficulté, où l'accès aux soins est gravement insuffisant.
- ZAC (Zone d'Action Complémentaire) : des zones sous tension mais moins critiques que les ZIP.
En Auvergne-Rhône-Alpes par exemple, le nouveau zonage 2026 publié par l'ARS classe 78 % des habitants en zone sous-dense (ZIP ou ZAC), dont 28,5 % en ZIP — soit plus de 2 millions de personnes dans la seule région.
Face à cette situation, le gouvernement a présenté en avril 2025 son Pacte de lutte contre les déserts médicaux. Pour la première fois, une cartographie officielle a été rendue publique par le ministère de la Santé le 27 juin 2025, identifiant les 151 intercommunalités les plus touchées, désignées comme « zones rouges ».
Ces zones prioritaires couvrent environ 2 à 2,5 millions d'habitants et se concentrent principalement sur :
- La diagonale du vide (centre, sud-ouest et est de la France)
- Les territoires ultramarins, notamment la Guyane et Mayotte
- Des poches de tension dans certaines périphéries urbaines, souvent invisibles dans les discours politiques
🗺️ Consulter la carte officielle du ministère : sante.gouv.fr — Pacte de lutte contre les déserts médicaux
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À partir de septembre 2025, ces zones rouges ont progressivement accueilli des « cabinets solidaires » fonctionnant sur un système de rotation entre médecins. En 2026, la généralisation de ce dispositif est en cours.
Plusieurs outils en ligne permettent d'explorer les données d'accès aux soins à l'échelle fine — jusqu'à la commune. En voici une sélection.
L'outil le plus complet pour explorer la démographie médicale territoire par territoire. Il permet de visualiser la densité de médecins par spécialité, leur ancienneté, leur mode d'exercice, et l'évolution sur plusieurs années.
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Cet atlas interactif, hébergé sur la plateforme Articque et référencé sur data.gouv.fr, cartographie la densité des médecins généralistes, des dentistes et des professionnels de rééducation par département. Il met également en lumière la proportion de cabinets ouverts depuis plus de 25 ans — un indicateur révélateur du vieillissement du corps médical et des risques de fermeture à court terme.
🗺️ cdonline.articque.com — Atlas des professionnels de santé
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Développé par les Agences Régionales de Santé et l'Assurance Maladie, CartoSanté propose une visualisation fine des données de santé à différentes échelles géographiques : régionale, départementale, et infra-communale. On y trouve notamment les données sur les Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT), les ressources hospitalières, et des indicateurs socio-démographiques.
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Franceinfo a publié une carte interactive très pédagogique permettant d'explorer l'accès à cinq professions de premier recours (généralistes, infirmiers, sages-femmes, dentistes, kinésithérapeutes) pour chaque commune de France. Les données, issues de la DREES, classent les communes en quatre catégories allant de "beaucoup moins bien dotée" à "beaucoup mieux dotée".
🗺️ Carte interactive Franceinfo — Accès aux soins par commune
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L'Assurance Maladie a lancé en 2025 un observatoire de l'accès aux soins, dont les données sont accessibles sur son portail de datavisualisation. On y suit des indicateurs clés : taux de patients sans médecin traitant, installations en zones sous-dotées, développement des assistants médicaux, couverture du Service d'Accès aux Soins (SAS).
🗺️ data.ameli.fr — Observatoire de l'accès aux soins
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Outil pratique du quotidien, cette carte recense en temps réel les points de soins accessibles sans rendez-vous partout en France. Utile pour trouver une alternative quand son médecin traitant est indisponible, en journée comme le soir ou le week-end.
🗺️ sante.fr — Carte des lieux de soins
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La « diagonale du vide » — cette large bande qui s'étend de la Meuse aux Pyrénées en passant par le Massif central — concentre historiquement les plus grandes fragilités médicales. Parmi les départements régulièrement cités comme les plus sous-dotés en médecins généralistes :
- La Creuse, département le plus vieux de France, où la densité médicale est l'une des plus faibles du pays
- La Nièvre et la Haute-Marne, frappées par un cumul de désertification rurale et de vieillissement médical
- L'Orne (Normandie), qui illustre que les déserts médicaux ne sont pas qu'un phénomène du "grand Sud"
- Certaines zones de Seine-et-Marne et de la Seine-Saint-Denis, preuve que la banlieue parisienne n'est pas épargnée
À l'inverse, les littoraux bretons et atlantiques, ainsi que les zones autour des grandes métropoles universitaires (Lyon, Bordeaux, Strasbourg), restent mieux pourvus — même si des tensions s'y font sentir depuis 2022.
Les données de l'Assurance Maladie publiées mi-2025 montrent une situation contrastée. La patientèle moyenne des médecins généralistes a progressé de 898 patients en 2017 à 1 033 en 2024, témoignant d'une surcharge croissante des praticiens en exercice. Côté nouvelles installations, un point bas a été atteint avec 579 nouvelles installations de médecins généralistes en zones sous-denses sur les 12 derniers mois mesurés au 30 juin 2025, soit une baisse de 1,7 %.
Le développement des assistants médicaux constitue néanmoins une piste prometteuse : 8 558 contrats ont été signés au total à fin juin 2025, contre seulement 235 en 2019 lors de la mise en place du dispositif.
La cartographie des ARS est mise à jour régulièrement pour déterminer l'éligibilité des médecins aux aides financières à l'installation. Le zonage 2026, basé sur l'arrêté du 9 mai 2025, intègre notamment :
- Une revalorisation des seuils de population pouvant être classés en zones sous-denses
- La prise en compte des Quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), classés a minima en ZAC
- Un accès facilité au CAIM (Contrat d'Aide à l'Installation des Médecins) pouvant atteindre 50 000 € pour les médecins s'installant en ZIP
Consulter le zonage ARS 2026 par région : chaque ARS publie son propre zonage consultable sur son site officiel — exemple avec l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes.
Les cartes ne mentent pas. Elles révèlent ce que les discours politiques occultent parfois : une fracture sanitaire profonde, géographiquement inégale, qui touche des millions de Français dans leur vie quotidienne. Derrière chaque zone rouge se cachent des histoires concrètes — des retraités qui ne trouvent plus de médecin traitant, des jeunes parents qui doivent parcourir 45 minutes pour une consultation pédiatrique, des urgences saturées par des patients qui n'ont nulle part ailleurs où aller.
La transparence cartographique est un premier pas. Elle permet aux citoyens, aux élus et aux journalistes de voir, de comparer et d'exiger des réponses. C'est précisément ce que nous essayons de faire ici, carte après carte.
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